» La grandeur d’un métier est avant tout d’unir les hommes; il n’est qu’un luxe véritable et c’est celui des relations humaines. »
Antoine de Saint-Exupéry.
» La grandeur d’un métier est avant tout d’unir les hommes; il n’est qu’un luxe véritable et c’est celui des relations humaines. »
Antoine de Saint-Exupéry.
C’était un soir d’été, sur un flanc de montagne, dans les Pyrénées. Les mots ne cessent de résonner atrocement dans ma tête depuis; cela fait pourtant plus de six mois ! J’étais comme un enfant les pieds drapés de ma toile de nylon. Mains aux commandes, casqué, l’oeil brillant face aux invitations silencieuses et mystiques de Mermoz et Saint Ex. Je m’apprêtais à courir innocent dans la pente pour prendre mon envol. Ma tendre mère, cachée derrière l’étoffe de mon parapente, devait serrée les dents mais elle ne put empêcher le son amer de sa souffrance : « Je n’aime pas ça ! ».
Voilà bientôt plus de 12 ans que je vole en parapente, que je cède à l’appel de l’azur. C’était la première fois que je l’ entendais ainsi laissé glisser une plainte qui la rongeait depuis tout ce temps. Au sourire de l’enfant avide des horizons purs s’est substitué la conscience pernicieuse de l’adulte qui comprend qu’au fil des ages il n’a cessé d’imposer de terribles épreuves, et que la dernière était devenue insupportable. Le cri avait la clarté d’une source, l’écho d’une sincère inquiétude. J’ai longtemps hésité feignant de trouver le vent, pourtant mon ami, pas à mon goût, mal orienté. Que de mauvaises excuses, que de lamentables hésitations. Et puis mon pied s’est avancé, ma voile s’est gonflée et je me suis envolé. J’ai laissé là ma mère plantée dans la solitude de sa souffrance, engluée dans la terre rassurante. Hésitant entre culpabilité et jubilation, ce n’est qu’ après mes premiers virages que mon esprit s’est dissipé dans les songes immortels de mes illustres aïeux, mes compagnons de vol, les chantres de ma fuite. J’ai fui car je ne voulais plus entendre la plainte lancinante d’une mère pour son fils.
La honte au corps, mais l’esprit enivré par l’opium du vol je me suis libéré tout à mon plaisir d’assumer mon destin de pilote. Ce jour-là j’ai volé plusieurs heures sans que le remords d’un fils indigne ne viennent me clouer dans la terre d’où montent les prières d’une mère nourricière.
Ma petite maman, il vous faudra désormais accepter ce destin de pilote, apprendre à vivre avec l’inquiétude terrible du fils qui part dans le ciel, un bout de chiffon entre les mains pour seul salut. Le ciel m’arrachera à cette vie, comme il arrache depuis la nuit des temps les hommes et les femmes de toutes races nées ici bas. Là-haut, au-dessus des turpitudes de ce monde, je me délivre. Je suis un pilote, un de ces hommes qui portent plus haut que tout autre l’horizon de son regard. Vous souvenez-vous lorsque j’étais enfant ? Ces chocs répétés dans les poteaux ou les arbres qui jalonnaient nos ballades. J’étais déjà ailleurs. Vous disiez que j’étais un rêveur. Déjà une plainte, l’oeuvre de la prémonition.
Ma petite maman que j’aime et que j’adore, il ne faut plus avoir peur. Je suis devenu pilote et comme tous ces frères d’aventure, je cherche l’azur car il abrite le désir absolu de vie. Ce qui est beau dans le vol c’est l’idée du retour, car il vous projette déjà dans une prochaine échappée en même temps qu’il vous ramène vers les siens. Les pilotes n’échappent pas aux contradictions. Je voulais vous dire un autre secret : il est vrai que certains ne reviennent pas. Un pilote qui ne revient pas, c’est un pilote qui s’est perdu !
Il est donc élu. Barack Obama est le nouveau président des États-Unis d’Amérique; le premier noir américain à dominer le bureau ovale. Je n’ai pas pour habitude parler politique sur ce blog. Mais en découvrant le supplément spécial de Libération, les mots me sont venus. Je voulais les écrire, je voulais surtout vous dire.
Vous dire que ce matin dans la voiture qui m’emmène mécaniquement à mon travail, mon ange rayonne de mille feux. Son regard brille d’une lueur qui parfois habite le ciel.
Elle me lance :
- » Obama, c’est le Kenedy noir ! »
Comme un automate je lui réponds :
- » t’éxagères, il faudra voir l’homme et ses promesses face à la machine politique. c’est un peu tôt pour oser la comparaison »
Incrédule, elle insiste
- » non, il faut profiter de ce moment. C’est un merveilleux symbole. »
Terre-à-terre, je réfute avec une docilité vicieuse, endossant le costume lugubre des travailleurs qui s’ exprime avec le sang-froid amer du cadre sûr et responsable. Celui-là même qui vit ou survit (c’est selon) à la musique d’une triste promesse « travailler plus pour gagner plus« . La journée se passe quand vers 16 heures je tombe sur le supplément de Libé. La couverture est magnifique. Le titre s’affiche en lettre blanche « We have a dream« . Je rédécouvre ce journal, je perçois par la magie d’une photographie simple et belle le désir de résistance, le besoin de m’élever. Enfin, je percute, mon ange. Comme vous aviez raison, comme il est beau ce symbole et comme ma journée fut belle. Je suis de ceux qu’ on appelle un français, un blanc. D’origine espagnole, je suis un petit-fils de pied noir et je suis marié depuis 2 ans à une femme tunisienne et musulmane. Un français donc. Face à cette couverture d’une force éditoriale absolue, je prends une claque, je sors de mon aveuglement. J’achète avec la joie de celui qui redécouvre son désir de politique, son désir de ciel.
Pardonnez-moi mon ange. Comme j’ai été aveugle ce matin dans notre boîte de fer, comme vous m’avez ouvert les yeux. Vous venez de soulever un nouvel horizon. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Ces élections ne sont pas comme les autres. ce n’est plus un peuple qui choisit son président. C’est plus que cela c’est tout un monde qui attend que les choses changent. Et le fait que ce souffle puisse s’élever du continent américain est le plus merveilleux des symboles, la plus grande des promesses. C’est une espérance qui irradie le monde, ses hommes et ses femmes de toutes races. L’heure est à la célébration, mieux à la jubilation. Comme ils ont raison. Obama c’est un destin magnifique, une belle âme politique. Une de celles qui naît tous les cent ans. Une comme il n’en existe plus en France puisqu’au débat d’idées s’est substitué la faible prière d’un fou agité : « travailler plus pour gagner plus« .
J’ai dévoré ce supplément pour ne plus fermer les yeux. Je veux comprendre comment est né cette belle espérance. Il faut sauver le président Obama. Il faut lutter pour garder cette âme et célébrer l’événement comme il se doit, en remisant fermement au placard nos petits apôtres du libéralisme et leurs misérables philosophies. Il est tard désormais et je goûte avec délectation ce nouveau souffle qui nous vient d’Amérique. Une étrange sensation m’envahit ! Je m’en grille une sur le perchoir minuscule de mon immeuble. Je fixe d’un nouveau regard le ciel et ses promesses. J’offre avec gratitude mon visage au souffle de la nuit qui avance. Il vient d’ Amérique. Je connais cette sensation qui m’envahit parfois quand d’un sommet d’une montagne je m’envole. Je ferme les yeux. Mon parapente, pourtant soigneusement rangé dans son sac, est déplié à mes pieds. Le ciel brille de mille espérances et je vois Mermoz, Reine, Guillaumet et Saint Ex dessiner leurs arabesques. Ils m’invitent à leurs danses. Le vent n’a pas faibli, je m’élance avec au coeur cette immense espoir « We have a dream ». Je vole sur la foi qu’un renouveau est possible. Mes amis, je vous le dis le vent ne faiblira pas cette fois-ci. Je connais ces facéties. Il porte en cet instant tous les coeurs d’un monde insoumis et heureux. We have a dream !
Mon ange comme je vous aime. Vous venez une fois de plus sauver un pilote…
Les mots me manquent comme le vent qui sifflait jadis dans les suspentes de mon parapente. Il y a quelques mois déjà que je me suis lancé dans la création d’entreprise. Cela m’a absorbé plus que de raison, plus que je ne saurai le tolérer à vrai dire.
La Saint Valentin m’a rappelé à quelques devoirs. Amèrement je dois dire. Monter son entreprise est une aventure humaine passionnante mais elle peut vous conduire à vous fourvoyer oubliant l’homme que vous étiez.
J’ai toujours eu la conviction que j’étais né aviateur, attiré par mon ami le vent vers cet horizon bleu qui s’étire à l’infini. Ma femme aime cela et m’a fait le plus beau des cadeaux en me sauvant de mes tracas de jeune chef d’entreprise. Je suis donc monté dans ce petit avion, un cessna, un matin froid plein de soleil en février pour une initiation active au vol moteur. Assise derrière moi et mon instructeur, nous avons pris en semble notre envol. Un curieux sentiment m’ alors envahi : celui de la plénitude retrouvée. Je retrouvai enfin mon destin de pilote.
Toute à la magie de ma liberté retrouvée, Saint Exupéry et ses amis me parlaient à nouveau. Un moment mystique, simple et léger…. comme le vol. Mon ange m’ a sauvé une nouvelle fois en me ramenant dans le chemin que nous avions choisi ensemble. Je lève à nouveau les yeux vers le ciel comme un enfant envahi du désir du ciel.
Quelle grâce, quelle force intérieure m’animent à nouveau ! Je revis. À peine posé au sol j’ai regardé mon ange. Son regard brillait d’une chaleur sacrée. Elle était lumineuse. Je crois qu’elle aime voir l’aviateur moins le chef d’entreprise. Et c’est mieux ainsi car j’ai l’impression de me retrouver. Je reviendrai dans les champs du lointain chercher la révélation du vol et sa liberté.
Mon ange je vous aime.
« La mort du jardinier n’est rien qui lèse un arbre.
Mais si tu menaces l’arbre, alors meurt deux fois le jardinier. »
Antoine de Saint-Exupéry
J’ai le désir de ciel depuis quelques jours…. depuis quelques semaines, depuis toujours je crois. Ce soir, attablé à mon balcon je regarde le soleil rougeoyant tombé derrière l’horizon. Je vois les avions traverser le ciel embrasé. Quelques voluptes d’un cigare viennent souligner la quiétude de l’instant. je lis cette citation :
« Un avion symbolise la liberté, la joie, la possibilité de comprendre. Ces symboles sont éternels. »
Richard Bach.
Le désir est-il la manifestation de l’impatience ?Je ne sais pas.
Ce que je sais mon tour viendra. Bientôt…
Chacun est responsable de tous. Chacun est seul responsable. Chacun est seul responsable de tous.
Antoine de Saint Exupéry
Pilote de guerre.
Je vais me marier dans 91 jours. Je suis un homme pressé. Je n’aurais jamais pensé qu’un jour je puisse réflêchir au choix des couleurs d’un faire-part avec autant d’enthousiasme que lorsque je déplie mon paprapente au coeur des pics pyrénéens. Étonnante nature humaine, surprenante découverte de soi. J’ai rencontré ce petit bout de femme il y a (…humm j’ai toujours merdé sur les dates), je l’appelle mon ange. Dans mes écrits précèdents je vous ai fait part de ma solitude face aux aléas de la création d’entreprise. Si c’est l’idée que renvoie ce parcours du combattant, la vérité est ailleurs. Le proverbe nous dit » Que derrière chaque grand homme, se cache une femme ». Mon ange a tant de bravoure, rayonne de tant de qualités que je ne pourrais jamais me lancer dans ce projet comme je le fais aujourd’hui sans elle. Elle est la femme qui m’accompagne, et sera bientôt Ma Femme. De l’énergie, il en faut beaucoup pour créer son projet, gagner sa liberté. Mais ce qu’il faut avant tout c’est trouver sa source. Tout débute par une source. Dans ma vie, tout commence par toi, mon Ange. Je vous aime.
Je suis à genou face au vide. Je m’apprête à plonger officiellement vers le destin d’entrepreneur. Aux angoisses destabilisantes du jeune créateur ont cèdé les inquiètudes « paranoïaques » du chef d’entreprise. On a beau imaginer tous les scénarios possibles et l’écrire dans un joli business plan; rien ne suit l’encre et votre écriture. Bien sûr la ligne directrice de votre projet suit son cours, mais force est de constater qu’aux obstacles succèdent … d’autres obstacles. Entreprendre. Au delà des questions de talents, d’opportunités ou d’organisation, entreprendre est avant tout une question d’énergie.Je m’en rends compte chaque jour un peu plus. Alors j’imagine le jour où je me retournerai sur le travail accompli, à l’aube de mes petits succès, répondre à cette sempiternelle question : de quoi avez vous eu le plus besoin ? d’énergie simplement d’énergie !
« L’Homme se découvre quand il se mesure avec l’obstacle. »
Antoine de Saint Exupéry, Terre des Hommes.